Au Cameroun, un réseau d’immigration clandestine démantelé, des policiers arrêtés; voici ce qui s’est passé

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Ils facilitaient aux tiers d’obtenir les documents de voyage dans le noir. De grosses sommes d’argent exigées aux clients pour maquiller le forfait.

C’est un rêve de voyage qui a failli se réaliser. M. Adalbert Nana Djappa, informaticien, et Mme Hamwo Edwige, caissière d’une quincaillerie à Yaoundé, rêvaient de voyager pour l’Europe. Mais l’occasion qu’ils ont eu pour concrétiser ce projet a échoué à la dernière seconde. Alors qu’ils s’apprêtaient à prendre un vol de la compagnie aérienne Ethiopian Airlines en partance pour l’Italie, leur aventure s’est achevée aux pieds de l’appareil Depuis ce temps, les deux personnes, la trentaine sonnée, méditent, leur sort à la prison centrale de Yaoundé.

Les éléments delà police des frontières avaient en fait découvert en procédant au dernier des trois contrôles d’usage que les documents de voyage que possédaient M. Njappa et sa compagne d’infortune ne concordaient pas avec les explications qu’ils donnaient. Les intéressés détenaient des passeports de service qui, selon l’accusation, ne serait réservés qu’aux seuls fonctionnaires ainsi que des ordres de missions estampillés ministère des Relations extérieurs (Minrex).

Les documents en question indiquaient .que les bénéficiaires vont en mission à Rome en Italie pour assister à une conférence internationale. Les flics se montraient sans pitié en interpellant les (feux? voyageurs suspectés de fraude à l’immigration. Cette scène s’est déroulée à l’aéroport de Douala le 13 avril 2019, aux environs de 22h. Les informations recueillies par les flics auprès des deux voyageurs avaient permis de démasquer un supposé de réseau d’immigration clandestine. Si le voyage avait réussi, l’Italie n’était qu’un pas de transite, le pays de chute étant la Belgique.

Ambassade de France

Nana Djappa et Mme Hamwo Edwige sont traduits devant le Tribunal de grande instance (TGI) du Mfoundi pour répondre des faits présumés d’,usage de faux en rapport avec les documents de voyages querellés. Us passent en jugement en compagnie de deux fonctionnaires de police notamment Nadine Nadège Mveng (officier) et Mélanie Eboutou (inspecteur), de Gérard Foe Owona, diplomate en service au ministère des Relations extérieures et Ferdinand Nguewo, un militaire. Ces derniers répondent pour leur part des faits supposés de faux en coaction et complicité des mêmes faits. A l’exception du militaire déclaré en fuite, les autres accusés sont écroués à la prison centrale de Yaoundé.

Le 16 juillet dernier, en présentant au tribunal les faits allégués, le ministère public a essayé d’établir la supposée responsabilité de chaque accusé dans l’affaire. II a expliqué que le réseau contactait. des personnes qui désiraient se ‘ rendre en Europe. Les personnes intéressées par l’offre versaient 4 millions francs au réseau. M. Nguewo percevait l’argent versés par les clients du réseau soit 4 millions de francs. M. Foe Owona livrait à ces dernier les ordres de missions. Mme Mveng, en fonction à la direction de l’émigration au moment des faits facilitait la délivrance du passeport sollicité. Le jour du voyage, c’est Mélanie Eboutou, en service à la compagnie de la sécurité de la voie publique à Douala, rendrait l’embarquement des voyageurs à l’aéroport.

A l’exception de Mme Eboulou, tous les accusés ont acquiescé le récit des faits du procureur. Mais le tribunal a rejeté le choix de défense de Mme Hamwo et M. Nana Djappa au motif qu’ils ont infléchi la version des faits du parquet en expliquant que c’est à l’aéroport qu’ils ont découvert que leurs documents de voyage avaient des problèmes. Et les a invités de se défendre.

Interrogatoire raté

M. Nana Djappa raconte que c’est par le biais d’un parent résident en Belgique qu’il a fait la connaissance de M. Nguewo qui s’est présenté à lui comme un militaire détaché à l’ambassade de France au Cameroun. Son parent l’avait rassuré que c’est par le réseau de M. Nguewo qu’il est «lui-même passé». Il précise qu’en dehors des frais de voyage versés dans les mains du militaire, il avait acheté son billet d’avion. Il était à sa deuxième tentative de voyage vers l’Europe. M. Djappa a ajouté que lorsqu’ils ont eu maille à partir avec les flics, Mme Eboutou leur avait demandé de donner 50 mille francs aux policiers. Mais les flics étaient intransigeants.

Mme Hamwo a donné une version des faits similaires en expliquant que c’est sa sœur vivant en Belgique qui l’avait informé de l’existence du fameux réseau. Selon les deux jeunes gens, M. Foe Owona leur a remis les documents querellés quelques heures avant de le voyage et c’est lui qui les a accompagnés à l’aéroport pour prendre leur vol Une fois à l’aéroport, il avait chargé Mme Eboutou de les aider à remplir les formalités d’embarquement au niveau de la police des frontières.

Mme Eboutou a de son côté expliqué que M. Foe Owona est son «ami intime». Elle avait travaillé à l’aéroport de Douala et avait gardé de bons rapports avec ses collègues policiers en service sur les lieux. Elle déclare que M. Foe Owona lui avait présenté M. Njappa et Mme Hamwo comme «ses jeunes collègues» qui effectuaient leur premier voyage à l’étranger. Elle avait l’habitude d’aider les amis se trouvant dans 1a même situation. Elle a aidé ses coaccusés à obtenir les cartes de vaccin et les cartes d’embarquement sans aucune difficulté. «S’ils avaient bien répondu aux questions, ils auraient embarqué, je n’ai perçu aucune commission», dit-elle. Et lorsque la fraude décriée a été découverte, elle s’en est prise à M. Foe Owona qui suivait les opérations à l’extérieur de l’aéroport.

Dans son réquisitoire, le procureur a demandé au tribunal de déclarer tous les accusés coupables au motif qu’ils étaient conscients des actes répréhensibles qu’ils posaient. L’avocat de Mme Eboutou a estimé que sa cliente est victime de la confiance faite à son Foe Owona et qu’aucune preuve ne démontre que sa cliente a utilisé les documents litigieux pour son compte. L’avocat de Mme Hamwo et celui de M. Njappa ont sollicité la clémence du tribunal en disant que leurs clients étaient à la recherche d’un mieux-être. «On ne peut débourser autant d’argent pour acheter les clefs de la prison», a dit l’un d’eux. Le prononcé du verdict, est programmé ce 6 juillet.»

source: https://www.camerounweb.com/CameroonHomePage/NewsArchive/Au-Cameroun-un-r-seau-d-immigration-clandestine-d-mantel-des-policiers-arr-t-s-532546

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