EM – “La Pécresse Danger” qui inquiète la macronie – Reuters

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Par

Nicolas Domenach

le 12 mars 2021 à 17h10

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EDITORIAL – La victoire probable et inattendue de la Tigresse sur Eric Ciotti si elle intervient samedi pourrait contrecarrer les plans d’Emmanuel Macron.

La probable victoire de Valérie Pécrese à la tête de la campagne présidentielle LR est redoutée par la Macronie

Emmanuel Macron peut le regretter. Grand regret. Si le Président avait écouté certains de ses conseillers, il aurait fait preuve de moins de fierté, n’aurait pas vu un énième obstacle potentiel à sa réélection, et celui de la grandeur : Valérie Pécresse. Le saint patron de la région Ile-de-France était parfois Macron-compatible. Elle a réussi à faire oublier les parlementaires LR, ce qui souligne déjà un indéniable pouvoir de persuasion. Mais il aurait suffi que le chef de l’Etat fasse ce qu’il faut : ne pas leur opposer un candidat au niveau de l’Etat puis les convoquer à Matignon. Elle aurait suivi. A l’inverse, l’Elysée en a fait un ennemi et demain un redoutable rival. “Un vrai danger”, reconnaissent les macronistes.

Pourquoi avoir négligé cette “prise”, ce “trophée” ? En réalité, Emmanuel Macron ne voulait pas d’un vrai Premier ministre et a préféré envoyer un opposant vicieux, Laurent Saint-Martin, le rapporteur du budget de l’Assemblée nationale en campagne électorale régionale. Ce faisant, le chef de l’État a négligé sa propre promesse de féminisation de la fonction, qui lui garantissait un brevet pour la modernité évanouie. A l’inverse, son rejet, même s’il n’est pas public, fait d’elle une ennemie. Vous n’humiliez pas un adversaire, car de cette façon vous renforcez votre

Bien sûr il faudra voir comment sera la participation, l’échantillon de départ (moins de 140 000 inscrits) est déjà faible. Et si elle gagne samedi, on regardera aussi la distance avec son concurrent plus radical et carrément zemmouriste Eric Ciotti. Un bal pour toi ! Car sa percée inattendue au premier tour depuis sa première place, qui en dit long sur l’exode d’extrême droite d’une partie de cet ancien mouvement Gaullo Chiraquien, laisse espérer que ce succès d’un combattant qui ne sera pas battu redonne espoir aux macronistes, que “Valérie Pécresse peut être l’otage des extrémistes, tout comme Yannick Jadot chez les écologistes”. Eric Ciotti serait la Sandrine Rousseau des Républicains. Une bénédiction pour eux s’il continue d’étendre ses positions extrémistes en matière d’insécurité et d’immigration, comme son Guantanamo en France, ainsi que dans l’économie avec l’abolition de l’escalade fiscale ! “La droite modérée ne peut pas se reconnaître dans un tel délire”, croit-on à l’Elysée, où Edouard Philippe se rappelle soudain plus qu’avant “de bonne qualité gouverneur la modération”.

Avec le “post-filonisme”. Valérie Pecresse et Eric Ciotti, qui veulent supprimer 150 000 fonctionnaires (François Fillon en revendiquait 500 000), nous avons beaucoup dérogé à cette modération ! On ne sait pas encore exactement où Pécresse et Ciotti les emmèneraient… Pressez le député des Alpes-Maritimes qui prétend reconquérir les électeurs de droite alors que le président de l’Ile-de-France tente d’annexer les modérés déçus par le macronisme. Les divisions sont dangereuses, “impossibles d’en croire les macronistes” face à l’adversité qu’ils n’auraient jamais pu imaginer.

Ils avaient choisi leur adversaire : Xavier Bertrand… Plusieurs visites du Président dans les Hauts-de-France, Affrontements « masculins », envoi d’une troupe ministérielle dans les régions… Emmanuel Macron connaissait cet adversaire qu’il croyait pouvoir dominer. Il l’a voulu et a expliqué à sa famille qu'”une victoire finale contre un leader de droite asseoirait la légitimité de son quinquennat plutôt qu’une nouvelle victoire contre Marine Le Pen”. Il n’aurait jamais pensé que le rival le plus proche pouvait être… une femme. Et son entourage politique outrageusement masculin, sans plus. Pour Pécresse il y a un atout à détruire, qu’elle a déjà habilement utilisé dans un parti très “macho”, ce qui ne l’a pas empêchée de se qualifier de “femme de paix capable. Seigneur de guerre”. Et chez LR nous voulons être « responsables » ! D’ailleurs pas que chez LR…

En plus, cette femme n’est pas n’importe quelle femme, puisqu’elle a une longue expérience dans la direction de l’Ile-de-France. Elle s’entoure en recrutant Patrick Stefanini de haut niveau comme directeur de campagne qui lui permet de « gagner la bataille des cartes ». Le temps où Charles Pasqua remplissait les wagons et même les urnes est révolu ; là il a fallu faire venir suffisamment de nouveaux adhérents pour faire une différence qui a été bien faite, alors que Michel Barnier et Xavier Bertrand, de leur côté, n’ont pas fait preuve d’un tel professionnalisme partisan.

Il faudra bien sûr monter en grade un engrenage pour passer d’un indicatif régional très fermé – s’il gagne – à une confrontation ouverte au premier tour. Nul doute donc que sa féminité assumée serait une victoire très redoutée des macronistes qui vous rappelleront que Nicolas Sarkozy, à son meilleur, a gagné en 2007 contre Ségolène Royal, celle du PS et parfois d’elle était tombée – tout comme avec un score étroit : 57% contre 43% ! Les Français sont prêts à choisir une femme à l’Elysée. Il lui faudra encore relever le défi, se transcender, incarner la « French pride » comme elle le prétend. En ce moment, comme certains macronistes l’ont vue à Matignon, c’est parce qu’elle dresse ce profil du Premier ministre plutôt que celui du Président. Les débats du « Club des 5 » ne l’ont pas fait sortir de ce schéma respectable mais limité. Il y a un pas qui n’est pas petit. Mais s’il réussit et se présente comme le “meilleur rempart contre les extrémistes de droite”, alors le président sortant aura du mal. Et maintenant, comme il aime à le répéter avec une citation de Michel Audiard : “Ce n’est plus l’heure de beurrer les sandwichs !”

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