Ebene Magazine – Tunisie: la révolution en quarantaine

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Ebene Magazine - Tunisie: la révolution en quarantaine

En plein cœur de Tunis, sur ce tronçon de l’avenue Bourguiba, où se sont déroulés les derniers jours de la révolution de 2011, seuls des dizaines de milliers de Tunisiens se sont rassemblés aujourd’hui devant le ministère de l’Intérieur. La raison ? Le confinement commence aujourd’hui. Dans une abréviation surprenante, la détérioration de la situation sanitaire a frappé la commémoration démocratique. Pour certains, le 14 janvier n’est qu’un jour férié; pour d’autres, une date historique; source d’insatisfaction pour une troisième catégorie. Parmi les marchands de médina, les indécrottables nostalgiques, le portrait de Ben Ali sous le comptoir, sont à portée de main. Il y a dix ans, le 14 janvier 2011, à 17 h 49, Ben Ali a fui le pays qu’il avait transformé en caserne pour rejoindre l’Arabie saoudite, le point final des dictateurs arabes. Il avait tenté en vain de rejoindre la France, son fidèle soutien depuis vingt-trois ans, mais Paris ne l’avait pas connu depuis plusieurs heures. Sans armes ni chefs, avec «dignité» comme slogan, mots croisés, des centaines de milliers de Tunisiens ont réussi à renverser l’État policier qui les maltraitait. Nous avons jeté les bases d’une transition démocratique, nous avons instauré des élections libres, un nouveau régime politique, une constitution a été adoptée à la quasi-unanimité par le parlement le 26 janvier 2014, et les démocraties internationales ont valorisé ce nouveau acteur du marché, profondément enraciné dans le sol arabe. régimes autoritaires paralysés. Le 14 janvier 2021, ni gâteau ni fleurs n’ont accompagné le dixième anniversaire de cette révolution. Le terrain est limité. C’est un point commun aux dix années consécutives: jamais l’événement historique n’a eu droit à une fête populaire, un jour où tout le pays danse, chante, discute et partage les réalisations. Pas de fête mais des cérémonies officielles et des discours tout aussi officiels dans les palais, un événement généralement réservé à une élite et à un contingent de révolutionnaires, rien.

Au 15 janvier 2011, au détriment de toutes autres considérations, le quotidien n’en a remporté aucun L’autorité pourrait imposer un festival annuel. Depuis plusieurs années, les Tunisiens reçoivent une attention mondiale. Le prix Nobel de la paix 2015 a été décerné aux quatre organisateurs du dialogue national. Un G7 lui était dédié, des visiteurs de marque se succédaient à Tunis, les bailleurs de fonds (FMI, UE, BM, BERD, etc.) n’ont pas économisé sur les aides, les prêts, les dons. La dette nationale a augmenté de trente points et le service des intérêts de la dette occupe désormais une part importante du budget de l’État. Et voilà que le virus, sa gestion politique en deux phases, s’invite à l’an X du printemps arabe et multiplie les calembours sur «contenir la révolution».

Quand la pandémie est apparue l’hiver dernier, Tunis a pris des décisions claires et ordonnées qui ne souffraient pas d’imprécision. Le confinement a été introduit en mars avril, ce qui a annulé l’expansion de Covid19. Au 1er juillet, quatre mois et demi après l’apparition du virus au Maghreb, le pays comptait 1172 cas et 50 décès. Un exemple de gestion de crise, un succès. Six mois plus tard, le pays compte 3 000 nouveaux cas par jour, soit plus de 70 décès par jour: les chiffres sur quatre mois sont désormais collectés toutes les 24 heures. Depuis plusieurs semaines, le Conseil scientifique a mis sur la table une candidature pour un nouvel employé. Le pouvoir politique – mêlé à des problèmes de remaniement et de combats entre Carthage, la Kasbah et certains partis – a hésité. La réouverture des frontières le 27 juin et un certain manque de considération pour les masques et les gestes de barrière ont favorisé la diffusion de Covid. En mars 2020, le ministre de la Santé et son collègue (Hichem Mechichi, actuel président du gouvernement) évoquaient le risque de «médecine de guerre» à l’entrée des hôpitaux. Ce 14 janvier marque l’entrée dans la nouvelle prison. Il a été annoncé pour une période de quatre jours alors que le Conseil scientifique a demandé plusieurs semaines. Il est très probable qu’il sera prolongé. Les écoles, mosquées ou parcs sont fermés. En cet anniversaire amusant, le quotidien francophone La Presse de Tunisie a donné le ton aux médias: «mauvais bilan, désespoir général». La nuit précédente, on pouvait voir à la télévision un ancien propagandiste de Ben Ali recevoir un pro révolutionnaire: un autre acronyme notable. Les ennemis d’hier sont désormais des émeutiers aux heures de grande écoute. Lorsque les Tunisiens sont anxieux et malheureux, ils sont libres de le dire.

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