Fabrice Di Vizio : « Un gouvernement qui utilise le pouvoir arbitraire et absolu s’appelle la tyrannie »

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Le projet de loi sur le passeport santé est actuellement en discussion à l’Assemblée nationale. Et ce malgré les réserves de la CNIL et du Défenseur des droits. Pour l’avocat de la santé publique Fabrice Di Vizio, qui est très à l’avant-garde du mouvement anti-passe-santé, le gouvernement met en place un « pouvoir total ». Seulement ça.

300 amendements débattus en 10 heures de débat : A l’Assemblée nationale, les nuits sont courtes pour les députés chargés de l’examen en urgence des mille amendements déposés pour le projet de loi relatif à « gestion de crise sanitaire».

Un texte rédigé par le gouvernement en réponse au discours d’Emmanuel Macron le 12 juillet. Elle prévoit notamment la vaccination obligatoire des prestataires de soins et du personnel des établissements recevant du public, l’extension du pass sanitaire aux mêmes lieux (cafés, restaurants, musées…) et l’isolement forcé des cas positifs.

Mercredi 21 juillet, le président de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) a été entendu par les membres de la Commission législative du Sénat. De manière générale, Marie-Laure Denis invite les députés à veiller à ce que la restriction des libertés individuelles soit « proportionné« . Une proportionnalité qui, selon la CNIL, dépend de »largement gratuits ou payants pour les tests de dépistage.Cependant, le gouvernement avait déjà annoncé que les tests antigéniques et la PCR porteraient leurs fruits à l’automne. Même son de cloche avec la Défenseure des droits, Claire Hédon. Dans un avis publié le 20 juillet, il note :dix points d’avertissement« Et Miracles »tant sur la méthode que sur la proportionnalité de la plupart des dispositions et restrictions du texte.»

« L’Etat de droit est éteint »

Pour l’avocat de la santé publique Fabrice Di Vizio, qui a mené le cortège à Paris lors de la manifestation du 17 juillet contre le pass sanitaire, il est plus que jamais temps de « la mobilisation». Entrevue.

Spoutnik : Le président de la CNIL a estimé que le nouveau système envisagé par le gouvernement est une « attaque particulièrement forte contre les droits et libertés fondamentaux ». Partagez-vous ce point de vue ?

Certificat de vaccination (image d'illustration)

© CC BY 2.0 / Marco Verch Photographe Professionnel / Passeport et certificat de vaccination Covid-19 avec seringue

Carte sanitaire validée par le Conseil d’Etat : « Nous entrons dans une société d’autorisation et non plus de liberté »

Fabrice DiVizio : « La CNIL est-elle conspiratrice et « anti-impôt » quand elle le dit ? Cela fait un an et demi que beaucoup disent qu’il y a de l’inflation dans les mesures liberticides. 150 000 personnes à Paris [18.000 selon le ministère de l’Intérieur, ndlr] a dit la même chose lors de la manifestation du 17 juillet. Nous sommes étiquetés comme irresponsables. La CNIL et le Défenseur des droits s’inquiètent de cette atteinte particulièrement grave aux libertés. J’aimerais qu’on me donne la définition d’un régime dans lequel les libertés sont si menacées. Puisque je suis soi-disant le fer de lance de « l’antivax », je n’ai peut-être pas le droit de le dire. Pourquoi le ministre de la Santé n’a-t-il pas expulsé cette dame qui a osé traiter le gouvernement de liberticide de la part des sénateurs? Et le défenseur des droits, qu’attend-on pour le supprimer ? Par la logique du Président de la République, toutes ces voix discordantes doivent être dissipées !

Contrôle de la population, « le rêve de la société moderne »

« Le gouvernement aime s’asseoir dans les institutions qui sont censées veiller à l’équilibre entre les droits et les obligations. Et puis, si j’ose utiliser le terme « tyrannie », j’obtiens tous les noms. Nous avons un renversement total des valeurs : l’État de droit est éteint. La variante delta était une circonstance très favorable pour asseoir un pouvoir totalitaire. Ceux qui ne sont pas d’accord n’ont qu’à prendre le sens des mots ! Un gouvernement qui utilise un pouvoir arbitraire et absolu est appelé tyrannie. »

Spoutnik : La CNIL recommande également aux parlementaires de contraindre le gouvernement à évaluer l’efficacité des « divers dispositifs numériques » qu’il a mis en place pour lutter contre la pandémie. N’avez-vous pas l’impression d’assister à une bureaucratie plutôt bureaucratique, dont la signification échappe parfois aux yeux du public ?

Fabrice DiVizio : « Les tyrannies technocratiques existent aussi. Lorsque la machine administrative est au service d’une idéologie unique, elle instaure une tyrannie. Dans un Etat de droit, c’est le parlement (et donc la représentation nationale) qui décide. En tyrannie, la bureaucratie nommée par le prince se maintient sans aucun contrôle du parlement et c’est elle qui décide de tout. N’est-ce pas ce qui se passe maintenant ? »

Spoutnik : On pourrait dire que la raison invoquée par le gouvernement est la santé publique et la protection de la population face à la pandémie.

Fabrice DiVizio : « Si on considère que les vaccinés sont hors contact, est-ce encore de santé publique ? Face à une variante que l’on juge plus contagieuse, pourquoi les vaccinés devraient-ils être dispensés d’isolement s’ils sont en contact ? OMS et CDC [agence gouvernementale américaine en matière de protection de la santé publique, ndlr] dire le contraire quand même. Israël ferme ses frontières aux vaccinés et non vaccinés, la quarantaine est obligatoire pour les personnes arrivant en Angleterre depuis la France. Qui décide alors ?

Ce n’est plus de la science, c’est de la tyrannie. Et la tyrannie naît lorsque la cause ultime n’est plus la recherche du bien commun. Le pass santé pour tous a-t-il déjà fait ses preuves ? Existe-t-il un exemple dans l’histoire où une pandémie a été stoppée grâce à un tel dispositif ? Nous avons fait du mensonge la règle du gouvernement. La vérité est que la santé des Français est devenue une variable adaptative.

Spoutnik : L’Assemblée nationale a rejeté un amendement de la députée Emmanuelle Ménard visant à mettre fin au laissez-passer sanitaire une fois la pandémie maîtrisée. Pensez-vous vraiment que cet appareil est voué à perdurer ?

Jean Castex

© AP Photo / Benoit Tessier

Quand Castex joue avec les chiffres pour s’assurer que 96% des personnes infectées ne sont pas vaccinées

Fabrice DiVizio : « Bien sûr. C’est le rêve de la société moderne d’exercer un contrôle sur la population ! Connaissez-vous une mesure temporaire qui n’est pas devenue définitive avec le temps ? Il suffit de voir le Patriot Act aux États-Unis [loi antiterroriste votée dans la foulée du 11 septembre 2001 et qui permet notamment aux autorités américaines de détenir sans limites et sans inculpation toute personne soupçonnée de projet terroriste, ndlr]. La loi était censée être temporaire et limitée aux seules affaires de terrorisme. En fin de compte, le Patriot Act a été utilisé par les Américains pour établir leur pouvoir dans le monde. »

Vers une société à deux vitesses ?

« On nous parle de l’équilibre entre une société de droits et une société de devoirs. Sauf qu’aujourd’hui, les droits, je vois très peu. Le seul droit des citoyens depuis un an et demi est de se taire et d’endurer les vicissitudes de ce gouvernement incapable de gérer la crise. L’heure n’est plus à la dispute, mais à la mobilisation et à la reconquête d’un pouvoir qui nous a été pris depuis un an et demi maintenant. Nous combattrons avec les armes du droit et de la démocratie.

Ces armes incluent le blocage du terrain, si nécessaire. Il y a un renoncement total aux freins et contrepoids et à toutes les formes d’opposition dans ce pays. Pardonnez mon indignation, mais il faut arrêter de faire une discussion de salon sur la liberté. Des gens sont morts pour la liberté. La tyrannie suit toujours le même chemin : celui du renoncement à l’opposition, au bon sens et à la critique du pouvoir. »

Spoutnik : Pensez-vous que nous sommes à l’aube d’un nouveau mouvement social, à l’échelle des gilets jaunes, voire plus large ?

Fabrice DiVizio : « C’est aux Français de savoir dans quel monde eux et leurs enfants veulent vivre. J’en profite pour dire que la couverture médiatique de la manifestation du 17 juillet était scandaleuse.

Le problème est en fait que nous allons créer une société de classes. Pensez-vous que les gens qui ont de l’argent seront intimidés et punis ? Concrètement, ce sont ceux que l’on qualifie avec mépris de « petites gens » qui souffrent de la crise. C’est une lutte des classes, rien d’autre. On se demande encore ce qu’attendent les syndicats, visiblement effrayés à l’idée d’insulter le pouvoir. Pensez à Péguy : « Il faut toujours dire ce que l’on voit ; il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit ». Ne voyons-nous pas que c’est une société à deux vitesses que nous créons ? »

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