Fin de Barkhane : le pari risqué de l’européanisation de la lutte contre le terrorisme au Sahel

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Emmanuel Macron a annoncé la fin de l’opération Barkhane. Mais ce n’est pas synonyme de retrait français au Sahel. En vue une européanisation des efforts sécuritaires dans la région. Un pari qui, comme l’a décrit le chef de l’Etat, ne devrait pas améliorer la situation sécuritaire, explique Spoutnik Georges Kuzmanovic.

Barkhane, c’est fini.

« S’ils pouvaient boire de l’alcool, les dirigeants djihadistes couperaient le champagne aujourd’hui. Avec le retrait français, le Sahel devient une zone encore plus instable, avec la possibilité de restaurer le fantasme de Daech* de gagner un territoire, un califat », déplore au micro de Spoutnik Georges Kuzmanovic, ancien lieutenant de l’armée. .

Désormais, la lutte contre le terrorisme sera menée »avec des forces spéciales autour de (Opération) Takuba, avec bien sûr une forte composante française – avec quelques centaines de soldats supplémentaires – et des forces africaines, européennes et internationales, [qui] aura vocation à intervenir strictement contre le terrorisme» a annoncé Emmanuel Macron le 10 juin. La « transformation » de l’opération Barkhane comprend la fermeture des bases françaises dans la région.

© AFP 2021 MICHELE CATTANIA

Estimation Barkhane : la situation s’est dégradée pour les civils, les djihadistes n’ont plus le monopole de la violence

Européanisation de la lutte contre le terrorisme au Sahel

Le timing de cette annonce n’est pas anodin : le sommet du G7 débutera le 11 juin, le sommet de l’OTAN aura lieu trois jours plus tard, et le sommet États-Unis-Union européenne aura lieu le 15 juin, en présence de Joe Biden. Le président français veut donc faire pression sur ses partenaires transatlantiques pour soutenir les initiatives multilatérales au Sahel.

« C’est de la communication pure, répond Georges Kuzmanovic. Comme cela a été suggéré, il est peu probable que cela améliore durablement la situation en matière de sécurité. »

Avec 600 soldats originaires de huit pays européens, la Force Takuba est essentiellement composée de forces spéciales. Dans l’état actuel des choses, il n’y aurait pas beaucoup de chance d’améliorer la situation sécuritaire dans une zone aussi vaste que le Vieux Continent ! Même complété par la Minusma (ONU) et la force G5 Sahel. Comme beaucoup, l’ancien militaire estime que « la politique devrait s’attaquer aux problèmes de pauvreté endémique, exacerbés par des accords de libre-échange inégaux.»

Cependant, notre interlocuteur estime qu’en mettant fin à l’opération Barkhane et à la plupart des… 5 100 Les hommes français à la maison est la bonne voie à suivre. Malgré quelques récents succès militaires sur le terrain, les résultats des opérations Serval et Barkhane restent pour le moins mitigés. Certains dénoncent même l’échec. Plus d’une cinquantaine de soldats français sont morts au sol. Près d’un milliard d’euros est englouti chaque année dans la région. Cependant, les résultats sont minimes par rapport à l’immensité des enjeux.

« Nous n’avons rien résolu, le problème s’est tout au plus étendu aux pays voisins », analyse notre interlocuteur.

Le mal malien s’étend au-delà des frontières du Sahel. Bien que la menace soit moins concentrée dans une certaine zone, elle est beaucoup plus diffuse. Du Bénin au Tchad, qui traverse toute la bande saharo-sahélienne, les groupes djihadistes prolifèrent sporadiquement.

Le président Emmanuel Macron rend visite aux hommes de l'opération Barkhane à Gao, le 19 mai 2017 (Photo de CHRISTOPHE PETIT TESSON / POOL / AFP)

© AFP 2021 CHRISTOPHE PETIT TESSON

Barkhane : derrière les succès tactiques et la montée de la « sahelisation », le manque de stratégie ?

Le coup d’Etat au Mali, « un prétexte idéal à la libération »

Cela ressort clairement de la récente attaque de Solhan au Burkina Faso dans la nuit du 4 au 5 juin. 160 personnes ont été tués dans la nuit par des groupes terroristes armés. Depuis 2015, les groupes qui se réclament principalement d’Al-Qaïda* ou de Daech* ont, au moins 1 400 morts et engendré plus d’un million de personnes déplacées rien qu’au Burkina Faso.

Sur le terrain, « hormis le Tchad, aucune armée locale n’a réussi à prendre le relais sur le terrain. Désormais, les militaires seront appelés à résoudre d’autres problèmes. Mais ce n’est pas son rôle. C’est le rôle des politiques, au niveau national et international », rappelle Georges Kuzmanovic.

Avec des ressources limitées et aucune stratégie concrète, les soldats français sur le terrain ne pouvaient fournir qu’un service minimal, tant au niveau sécuritaire qu’au niveau politique et développemental. « Il faut savoir que nous réalisons chaque jour environ quatre cents actes de soins pour la population locale» a déclaré le général Jérôme Pellistrandi Infos France ce 10 juin. Un effort énorme et paradoxalement ridicule face aux forces incommensurables requises pour le développement régional.

Face à cette situation, le retrait de la majorité des troupes françaises et la fin de l’opération Barkhane attendaient depuis quelque temps l’Elysée et le ministère des Armées.

« Nous étions de facto dans une situation d’impasse et de coup d’Etat » [au Mali, ndlr] donne un prétexte idéal à la libération », estime notre interlocuteur.

La reconnaissance par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) du colonel putschiste Assimi Goïta, après un deuxième coup d’État en un an, offrait ainsi une issue honorable au locataire de l’Elysée. La position officielle de Paris appelait à un retour au gouvernement civil de transition, ce qui n’a pas eu lieu.

* Organisation terroriste interdite en Russie.

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