Affaire Quatennens : la France insoumise au bord de la rupture générationnelle

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Les « insoumis » sont rarement comme ça envers Jean-Luc Mélenchon. A la fois père spirituel et fondateur de son propre mouvement, dont il Candidat à la présidentielle, l’ancien socialiste a érigé la discipline collective en principe nécessaire à l’efficacité de son action. Ce qui lui assure jusqu’ici qu’il n’est jamais publiquement contredit par son peuple.

Construite comme un contre-modèle au PS, La France insoumise (LFI) est dépourvue de toute véritable démocratie interne : le vieux lion l’a théorisé, juste un mouvement “gazeux” et aucun parti ne peut s’accrocher aux nouvelles formes contemporaines d’engagement.

Seule la donne aurait pu changer le 18 septembre avec le communiqué d’Adrien Quatennens annonçant son retrait de son poste de coordinateur national de LFI. Cinq jours après la parution du “Canard enchaîné” – qui révélait que son épouse avait déposé une main courante au commissariat de Lille le 7 septembre pour des faits pouvant être qualifiés de violences conjugales – le commissaire du Nord a fait connaître sa version dans ce même communiqué de presse.

“Je connais les faits qui peuvent me reprocher et le plus simple est de les dire avec certitude”, il écrit et admet qu’il “prendre le poignet” de sa femme lors d’une dispute, mais aussi avec lui “a pris son portable”, “a envoyé trop de messages”, et l’avoir “porté un coup” il y a un an.

“Nous n’étions pas contents quand nous avons vu ça”

Après ces confessions, Jean-Luc Mélenchon lui-même a parlé de : Twitteril a soutenu celui qui est considéré depuis des années comme l’un de ses successeurs potentiels. “La fanfaronnade politique, le voyeurisme médiatique, les réseaux sociaux se sont invités au divorce conflictuel d’Adrien et Céline Quatennens. Adrien décide de tout prendre sur lui. Je salue sa dignité et son courage. Je lui dis ma confiance et mon affection », publie le chef des « insoumis ». Qui a fait l’unanimité auprès de ses partisans sur ce point.

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“Ouais, nous n’étions pas contents quand nous avons vu ça”, euphémisé un militant historique, aujourd’hui député. Avant de sortir : “Nous pensions que c’était à peu près le pire qu’il aurait pu écrire.” ” C’est dommageajoute la même chose, parce que la question structurelle de la domination masculine est une question tellement politique… Il y avait des choses à dire, et c’est paradoxal, parce que s’il y a quelqu’un qui nous a appris à tout politiser, c’est Jean-Luc. »

Sur Twitter, les critiques ont immédiatement fusé de la part de féministes, parfois proches de LFI, mais aussi de militantes du mouvement.

Réponses “insuffisantes” et “inacceptables”

Un ton inhabituel dans ce camp où l’on parle habituellement d’une seule et même voix, notamment sur les réseaux sociaux. Autre nouveauté : le silence des cadres et élus d’ordinaire si prompts à approuver massivement la parole du chef. Seuls deux députés, Arnaud Le Gall et Nathalie Oziol, ont ainsi retweeté la déclaration de Jean-Luc Mélenchon, des 75 parlementaires du groupe LFI à l’Assemblée.

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En fait, sans le dire du tonnerre, beaucoup d’entre eux n’ont pas du tout apprécié la série. Surtout les plus jeunes et ceux nouvellement élus en juin dernier.

La nouvelle députée LFI de la Dordogne, Pascale Martin, fait partie des mécontents. Le 19 septembre, elle publie son propre communiqué de presse dans lequel elle décrit les réactions d’Adrien Quatennens et de Jean-Luc Mélenchon comme“pas assez” et D’“inacceptable à plus d’un titre”. D’autres élus nouvellement élus, comme le député de Loire-Atlantique Andy Kerbrat ou le jeune député du Val-de-Marne Louis Boyard ont également exprimé leur désaccord via des tweets. S’ils ne contredisent pas la parole du chef “rebelle”, défendre une approche du dossier visant à dénoncer les violences faites aux femmes.

“Il y a un effet de génération”

« Il y a un effet de génération, indique un chef « rebelle ». Le tweet de Jean-Luc Mélenchon ne concerne pas du tout la benjamine du mouvement, pour qui la lutte contre le sexisme et les violences faites aux femmes est un enjeu central. »

Pour la première fois de leur histoire, les « insurgés » ne s’unissent pas. Malgré les critiques internes, l’entourage de l’ancien candidat à la présidentielle continue de le soutenir, alors même qu’il « caresse » la joue d’un journaliste de l’émission « Quotidien », dans un geste qui rappelle curieusement la gifle bien connue d’Adrien Quatennen.

Deux de ses principaux lieutenants, Manuel Bompard et Antoine Leaumentont ainsi tenté d’en minimiser l’importance face à l’indignation des réseaux sociaux.

Quitte à remettre une pièce dans la machine quand Bompard a tenté de relativiser la gravité des violences d’Adrien Quatennens envers sa femme. “Une gifle n’est jamais acceptable, mais cela n’équivaut pas à un homme qui frappe sa femme tous les jours”, a déclaré Manuel Bompard vendredi sur CNews, déclenchant une nouvelle vague de colère dans les réseaux militants de LFI.

Car les autres préfèrent se réfugier dans le silence, ou avouer leur malaise sous couvert d’anonymat. « Il y a une urgence politique pour nous de montrer que notre mouvement protège les femmes et leur donne les moyens de s’exprimer sur ces questions. Sinon, comment pouvons-nous convaincre des jeunes filles de 17 ou 18 ans de nous rejoindre aujourd’hui ? », demande un député.

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Protéger le personnel parlementaire féminin

Le malaise est d’autant plus grand que la question du contrôle interne des violences sexistes et sexuelles (VSBG) à LFI était déjà sur la table. Alors que le séminaire de rentrée des parlementaires « insoumis » s’est tenu les jeudi 22 et vendredi 23 septembre, une formation sur les VBG était également à l’ordre du jour. Parce que les allégations d’agressions sexuelles ont été successivement dirigées contre le militant « insoumis » Taha Bouhafs puis le président de la commission des finances Eric Coquerel, il y avait urgence. Pourrait-il y avoir d’autres cas qui créeraient de facto un climat de plus en plus néfaste à LFI ? Certains le craignent à moitié.

Violences faites aux femmes : la lenteur inquiétante

Parmi les radars médiatiques figurent plusieurs Les eurodéputés planchent sur des mesures de protection du personnel parlementaire, notamment sous l’impulsion de la cheffe de groupe politique, Mathilde Panot. Car au sein de la grande salle de conférence ces mains sont majoritairement des femmes, généralement jeunes, précaires et donc dépendantes du bon vouloir de leur adjoint. Une situation d’asymétrie vis-à-vis des parlementaires qui les rend particulièrement vulnérables en cas de harcèlement ou de violences sexistes et sexuelles. Un phénomène que la députée « insoumise » Clémentine Autain a soigneusement analysé dans son premier ouvrage de fiction, paru en juin. Son titre ? “Rencontres”.

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Source: nouvelobs.com

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