La France Insoumise est-elle vraiment un parti d’extrême gauche ?

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« Ni l’extrême gauche, ni l’extrême droite. † Dans l’intervalle entre les deux tours des élections législatives, la majorité présidentielle a pris plusieurs positions, suggérant que la coalition entre les différents partis de gauche, la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes), était pour le moins loin -gauche aussi rare que l’extrême droite. Depuis le coup porté aux législatives, le parti présidentiel, qui a perdu la majorité absolue à l’Assemblée, cherche une nouvelle majorité pour gouverner. Mais pas tout le monde. C’est ce qu’a affirmé notamment le ministre des Relations avec le Parlement, Olivier Véran, pour qui il n’était pas possible de collaborer avec le mouvement de Jean-Luc Mélenchon, La France insoumise, car, selon lui, ce n’est pas dans ” l’arc républicain comme la fête de Marine Le Pen.

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Mais peut-on vraiment renvoyer les deux formations dos à dos, jugeant qu’elles le sont” extrêmes † Non, selon le politologue Rémi Lefebvre, interrogé par « L’Obs », qui estime que le leader « insoumis », et son mouvement avec lui, sont enracinés dans une tradition socialiste, mais qui se serait radicalisée, notamment à cause de l’urgence de certains enjeux, comme celui de la transition écologique, qui appelle des changements radicaux de société.

Qu’est-ce qui caractérise un parti d’extrême gauche ?

Rémi Lefebvre. Historiquement, l’extrême gauche a représenté ce qui est à gauche du Parti communiste. C’est un mouvement qui se définit contre la “gauche”, notamment lors des grèves de mai 1968. Par exemple, les partis trotskystes Lutte ouvrière ou les partis communistes révolutionnaires sont considérés comme l’extrême gauche, jouant le jeu électoral mais la voie légale pour contester le pouvoir et croire que cela devrait se faire par la grève générale, les mouvements sociaux, et non par les élections. Ces mouvements entretiennent un rapport parfois compliqué à la légalité républicaine et peuvent revendiquer une forme de conflictualité.

Le programme économique de Nupes est-il vraiment sérieux ?

Dans le débat public actuel, les acteurs politiques peuvent mettre ce qu’ils veulent derrière le terme d’extrême gauche, dans la mesure où la gauche est un principe directeur et un étalon très évolutif. Nous sommes toujours à gauche et à droite de quelqu’un. Ceux qui considèrent Jean-Luc Mélenchon comme étant d’extrême gauche le font parce que son mouvement est le plus à gauche de l’échiquier politique, hors Nouveau parti anticapitaliste et Luttre ouvrière. Ils ont le droit.

Peut-on objectivement dire, comme l’a fait le ministre Olivier Véran, que LFI n’appartient pas à « l’arc républicain » ?

C’est complètement faux. Concrètement, Jean-Luc Mélenchon joue le jeu électoral. La République est pour lui une valeur très importante et il a une forte culture républicaine. Cette affirmation est d’autant plus scandaleuse que Mélenchon s’inscrit dans la lignée de Jean Jaurès et de la Révolution française.

On peut critiquer ses vues sur la police ou la laïcité, mais rien chez Jean-Luc Mélenchon n’est pas républicain. Ça ne sert à rien de dire ça. Le critiquer ainsi, c’est le degré zéro de la politique, cela ressemble à un argument d’autorité qui ne fait pas avancer le débat démocratique.

Si le mouvement de Mélenchon n’est pas un parti d’extrême gauche, quel est le terme juste pour le décrire ?

Il correspond à une forme de radicalisation du socialisme, si l’on se réfère à l’évolution du Parti socialiste depuis les années 1980. Concrètement, le programme de La France insoumise n’est pas plus radical que celui de François Mitterrand en 1981. Il n’est pas révolutionnaire, mais esprit réformateur : Jean-Luc Mélenchon ne soutient pas l’abolition du capitalisme, ne propose pas une sortie de l’économie de marché, mais propose sa régulation par l’État, des dépenses publiques élevées, des impôts élevés.

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De ce point de vue, il s’inscrit dans le socialisme très interventionniste, très réformiste, qui croit au rôle essentiel des services publics, de l’aménagement écologique, de la redistribution. Ce qu’il interroge, c’est plus l’ultra-libéralisme que le capitalisme lui-même.

Jean-Luc Mélenchon vient lui-même du PS…

Il a une double formation. Au départ, il est issu d’une culture lambertiste trotskyste, mais il est clairement un socialiste républicain. C’est symbolique de son socialisme : il a toujours voulu jouer le jeu des élections pour s’emparer du pouvoir. Jean-Luc Mélenchon est un homme politique professionnel, il a été sénateur en 1986, conseiller général, député européen, député, cela montre ses racines dans la République.

Ne pourrait-on pas en dire autant de Marine Le Pen, dont le parti est pourtant classé d’extrême droite ?

Tu as raison. De ce point de vue, on peut dire que Marine Le Pen serait républicaine dans la mesure où elle ne défend pas l’abolition de la République. Pourtant, il a un programme qui s’inscrit indéniablement dans la tradition de l’extrême droite, mouvement historiquement opposé à la République.

Pendant la campagne présidentielle, le programme de LFI était jugé moins ambitieux que celui de François Mitterrand en 1981. Est-ce vrai ?

Il est difficile de comparer, car le niveau des dépenses publiques varie considérablement d’une période à l’autre. Pourtant, le programme de Mélenchon, comme celui de Mitterrand, repose sur l’interventionnisme étatique et n’est pas plus radical que le programme en vigueur à l’époque.

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De plus, François Mitterrand n’était pas considéré comme d’extrême gauche lorsqu’il menait sa campagne. La grande différence est que le Parti socialiste était alors beaucoup plus à gauche que le Parti socialiste ne l’avait été au cours des vingt dernières années.

La position de LFI est-elle considérée comme radicale parce que le libéralisme s’impose aujourd’hui, là où il ne l’était pas dans les années 1980 ?

Le concept de radicalité doit être relativisé. Aujourd’hui, le libéralisme s’est radicalisé, avec une augmentation des inégalités, ce qui fait que l’on ne peut plus considérer le radicalisme politique de la même manière.

De plus, pour être réaliste, la lutte contre le réchauffement climatique doit être radicale, car elle nécessite des changements sociétaux extrêmement profonds. Cette information doit être prise en compte : les problèmes sont nouveaux et nécessitent de nouvelles solutions, qui ne doivent pas être de faible intensité.

Pourquoi ne dit-on jamais que le libéralisme est radical là où un programme de gauche ou de droite peut l’être ?

L’ultralibéralisme et le néolibéralisme donnent l’impression d’être des preuves et non des idéologies. C’est leur grande force et effectivement ces idées ne semblent pas radicales. Ils se sont naturalisés.

On a aujourd’hui l’impression que ceux qui remettent en cause le système sont radicaux, alors que le système lui-même est radical, mais non reconnu comme tel, car il se présente comme une évidence et serait donc indépassable.

Interview d’Emma Poésy

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Source: nouvelobs.com

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